IA en dermatologie : que valent vraiment les applis et les algorithmes ?
Applis de photo de peau, dermoscopie assistée, scanners corps entier : ce que fait l'IA en dermatologie, son statut de dispositif médical et ce que disent les études.

L’IA en dermatologie prend trois formes très différentes : des applications qui analysent une photo, des logiciels utilisés par les dermatologues pendant l’examen, et des scanners qui photographient toute la peau dans des centres privés. Leur point commun est de produire un score ou un classement de lésions, jamais un diagnostic posé seul. Cet article explique ce qu’elles font, quel est leur statut réglementaire et ce que disent les études, sans jamais se substituer à un avis médical.
- Une application ou un logiciel qui analyse des images de peau à visée médicale est un dispositif médical, qui doit porter le marquage CE
- Dans une revue de 11 études prospectives, l’IA seule et les dermatologues obtiennent des performances proches en dermoscopie
- Une étude en conditions réelles montre une IA sensible mais souvent fausse quand elle signale un cancer
- Les dermatologues et la Société française de dermatologie alertent sur les dépistages sans supervision dermatologique
À quoi sert l’IA en dermatologie, concrètement ?
Elle sert à classer des images de peau : un algorithme repère une lésion pigmentée, la compare à des milliers de cas appris et renvoie un niveau de risque. Le résultat aide à trier ou à suivre une lésion dans le temps, mais il ne remplace ni l’examen clinique ni, le cas échéant, l’analyse du prélèvement. On la rencontre dans trois situations.
- L’application grand public : vous photographiez une lésion avec votre téléphone et recevez une évaluation du risque
- Le logiciel du dermatologue : il s’ajoute à la dermoscopie et aide à repérer une lésion qui change entre deux examens
- Le scanner corps entier : un appareil photographie toute la peau, l’IA note chaque lésion, puis un dermatologue relit le dossier
Une appli de dermatologie est-elle un dispositif médical ?
Oui, dès qu’elle annonce une finalité médicale. Selon l’ANSM, un logiciel est un dispositif médical lorsqu’il sert au diagnostic ou à l’aide au diagnostic et qu’il analyse des données pour produire une information médicale nouvelle. C’est le fabricant qui fixe cette destination, et le statut se juge au cas par cas.
Un logiciel qui relève du dispositif médical doit porter le marquage CE. Depuis le 26 mai 2021, la règle 11 du règlement européen 2017/745 range une grande partie de ces logiciels en classe IIa au minimum, voire IIb ou III selon l’impact sur le patient. Certains éditeurs l’affichent : l’application SkinVision se présente sur les magasins d’applications comme un dispositif médical de classe IIa.
Le marquage CE atteste la conformité aux exigences européennes. Il ne dit pas, à lui seul, qu’un outil est recommandé par la HAS ni remboursé par l’Assurance maladie. Une application qui ne revendique aucun usage médical peut aussi n’être qu’un outil de bien-être, sans ce statut.
Que valent ces algorithmes face aux dermatologues ?
Sur le mélanome, une revue systématique publiée dans JAMA Dermatology en 2026 a rassemblé 11 études prospectives, soit plus de 2 500 patients, avec l’histologie comme référence. Les performances de l’IA seule et des dermatologues se recoupent largement.
| Approche | Sensibilité | Spécificité |
|---|---|---|
| Dermatologues seuls | 78,6 % | 75,2 % |
| IA seule | 80,9 % | 75,6 % |
| Dermatologues assistés par IA (une seule étude) | 91,9 % | 83,7 % |
Source : Laiouar-Pedari et al., JAMA Dermatology, 2026. La sensibilité est la part des mélanomes repérés, la spécificité la part des lésions bénignes correctement écartées.
À retenir : l’association dermatologue plus IA donne le meilleur résultat, mais elle ne repose que sur une étude. Les auteurs soulignent une forte variabilité entre les études, une sélection de lésions déjà suspectes et la nécessité de valider ces résultats sur des patients non présélectionnés.
Une étude britannique en conditions réelles nuance ce tableau. Dans un service de dermatologie du nord-ouest de l’Angleterre, l’algorithme DERM a affiché une sensibilité de 95,3 %, contre 88,5 % pour les dermatologues. Mais quand il signalait un cancer, il avait raison dans 46,5 % des cas, contre 62,1 % pour les dermatologues. Quatre cancers se trouvaient parmi des lésions jugées bénignes par l’IA. Les auteurs jugent prématuré de supprimer la relecture humaine.
Ces chiffres portent sur des images prises par des professionnels, en dermoscopie. Rien dans ces études ne permet de les transposer à une photo prise chez soi avec un téléphone.
Où l’IA est-elle réellement utilisée aujourd’hui ?
Le cas le mieux documenté est l’aide au tri et au suivi par des soignants. À La Rochelle, le Health Data Hub référence une étude observationnelle sur l’application HUVY, utilisée par quatre médecins généralistes et deux pharmacies. Les lésions sont classées en vert, orange ou rouge, et les deux dernières catégories partent vers une consultation de dermatologie. L’objectif est de mesurer le volume et la pertinence des consultations ainsi déclenchées. Nous n’avons pas trouvé de résultats publiés.
L’autre usage, plus discuté, est celui des centres privés d’imagerie corps entier. Franceinfo a décrit en août 2026 un scanner de 92 appareils photo dans un centre sans dermatologue sur place : l’IA note chaque lésion, puis un dermatologue relit le dossier à distance. La consultation y coûte 84 euros, sans remboursement par la Sécurité sociale. Un autre centre cité par la presse facture 150 euros l’imagerie corps entier.
Pourquoi les dermatologues alertent-ils sur le dépistage par IA ?
Le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues accepte l’IA comme outil d’aide, mais s’oppose à son installation dans des structures sans dermatologue référent. Il demande une certification médicale obligatoire, avec validation clinique avant mise sur le marché. La Société française de dermatologie a, elle, alerté sur des dépistages par IA « sans supervision dermatologique ni validation scientifique », comme le rapporte l’Assurance maladie.
Le débat porte aussi sur l’accès aux soins. Les promoteurs des centres y voient une réponse à la pénurie de spécialistes, les syndicats redoutent une prévention à plusieurs vitesses et des examens inutiles. Pour une vue d’ensemble de ce que l’IA fait ailleurs en médecine, voyez notre article sur l’intelligence artificielle en santé.
Cet article explique des outils, pas comment examiner une peau. Pour toute question sur une lésion, l’Assurance maladie rappelle qu’un avis médical est indispensable : parlez-en à votre médecin traitant ou à un dermatologue.
Questions fréquentes sur l’IA en dermatologie
Une appli de dermatologie est-elle remboursée ?
Nous n’avons trouvé aucun remboursement d’une application de ce type par l’Assurance maladie. Les consultations avec scanner en centre privé relevées par la presse (84 euros dans un cas, 150 euros dans un autre) ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale.
Que devient la photo envoyée à une application ?
Une photo prise pour évaluer une lésion est une donnée de santé, protégée par le RGPD. Ce que l’éditeur en fait, qui y accède et combien de temps elle est conservée figurent dans sa politique de confidentialité. Pour le cadre général, voyez notre guide des données de santé.
Comment juger le sérieux d’une application de santé ?
Regardez si l’éditeur revendique le statut de dispositif médical, avec marquage CE, et à quoi l’outil est destiné. Notre article sur le choix d’une application santé fiable détaille les critères officiels.
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