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Réalité virtuelle en santé : à quoi sert-elle à l’hôpital ?

Un casque avant un pansement, une thérapie contre la peur de l'avion, une rééducation sous forme de jeu : la réalité virtuelle entre à l'hôpital. Ce qu'elle apporte, ce que disent les études et ses limites.

Mis à jour le 8 min de lecture Par la rédaction

Casque de réalité virtuelle posé sur un lit d'hôpital

Une infirmière vous tend un casque avant une perfusion, un pansement ou une opération ? Plusieurs hôpitaux français utilisent la réalité virtuelle en santé pour rendre un soin moins pénible, aider à surmonter une phobie ou rééduquer après un accident. Voici à quoi sert ce casque, ce que les études permettent d’en dire aujourd’hui, et dans quels cas il vaut mieux s’en passer.

  • À l’hôpital, la réalité virtuelle sert surtout à réduire la douleur et l’anxiété pendant un soin, en plus des traitements habituels
  • Elle sert aussi aux thérapies d’exposition (phobies, addictions), à la rééducation et à la formation des soignants
  • Les preuves restent modestes, avec beaucoup de retours positifs et plusieurs essais encore en cours
  • Effets indésirables possibles : cybermalaise, fatigue des yeux, risque de crise chez les personnes épileptiques
  • Le casque ne remplace ni un antidouleur ni un soin, il se discute avec l’équipe soignante

À quoi sert la réalité virtuelle en santé ?

La réalité virtuelle en santé sert à quatre choses : distraire un patient pendant un soin douloureux ou angoissant, l’exposer peu à peu à ce qui lui fait peur en thérapie, rendre la rééducation plus motivante et entraîner les soignants sur des situations simulées. Elle s’ajoute aux soins, sans jamais les remplacer.

Le principe tient dans un casque qui couvre les yeux et diffuse des images à 360°, souvent avec un casque audio. Le patient se retrouve sur une plage, en forêt ou dans un jeu, pendant que le soignant poursuit son geste à côté de lui. Certaines applications ajoutent des manettes pour interagir avec le décor.

Le mot métavers, très présent dans les salons professionnels il y a quelques années, promettait des hôpitaux entièrement virtuels. Les usages que les établissements décrivent aujourd’hui sont plus terre à terre : un casque individuel, quelques minutes, un objectif de soin précis.

Comment un casque de réalité virtuelle soulage-t-il la douleur ?

Un casque de réalité virtuelle soulage la douleur en captant l’attention du patient pendant le soin. Absorbé par un paysage ou un jeu, il perçoit moins la piqûre ou le pansement, et son anxiété baisse. C’est une technique dite non médicamenteuse, utilisée en plus des antalgiques prévus par l’équipe.

Au CHU de Rouen, trois casques, achetés 12 500 euros grâce à des dons, servent en réanimation et aux urgences pédiatriques ainsi qu’en chirurgie orthopédique et plastique chez l’adulte. Ils accompagnent surtout les pansements et les poses de perfusion. Une médecin du service y évoque une baisse de la consommation d’antidouleurs, sans chiffre publié à l’appui.

Le Centre Léon Bérard, centre de lutte contre le cancer de Lyon, propose le casque avant une opération, pendant certains traitements et en soins palliatifs. Un infirmier de l’équipe douleur indique qu’il est utilisé lors de 90 % des soins au bloc opératoire, quand le geste le permet. Sur 80 personnes interrogées par l’établissement, toutes ont déclaré une baisse de plus de moitié de leur anxiété sur l’échelle proposée.

Ces chiffres viennent d’enquêtes menées par les hôpitaux eux-mêmes, auprès de patients volontaires. Ils montrent que le casque est bien accepté, pas qu’il fonctionne mieux qu’une autre méthode de distraction : seuls des essais comparatifs peuvent le dire. L’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) en conduit plusieurs, par exemple sur la douleur et l’anxiété après une chirurgie du cancer colorectal.

Phobies, alcool, tabac : la réalité virtuelle en thérapie

En psychiatrie, la réalité virtuelle sert à la thérapie par exposition. Le patient affronte de façon progressive et contrôlée ce qui l’angoisse (un avion, une foule, le vide), sous le regard d’un thérapeute qui peut tout arrêter à chaque instant. Elle s’intègre aux thérapies cognitivo-comportementales (TCC), qui travaillent sur les pensées et les comportements.

Les addictions sont le nouveau terrain d’étude. L’AP-HP mène un essai sur la réalité virtuelle dans la dépendance à l’alcool auprès de 156 patients tirés au sort : la moitié suit des TCC classiques, l’autre moitié y ajoute des séances d’exposition virtuelle. Le résultat attendu, la baisse de la consommation et de l’envie de boire, sera mesuré 8 mois après l’inclusion.

À Marseille, le service de psychiatrie de l’hôpital de la Conception (AP-HM) propose la réalité virtuelle contre les phobies et l’anxiété, et teste la méthode pour aider d’anciens fumeurs à ne pas reprendre la cigarette. Ces essais sont toujours en cours : leurs conclusions diront si la méthode tient ses promesses. Pour un accompagnement sur téléphone plutôt qu’avec un casque, voyez notre article sur les applications de santé mentale.

La réalité virtuelle aide-t-elle à la rééducation ?

Oui, mais l’effet reste modeste. Après un accident vasculaire cérébral (AVC), la réalité virtuelle améliore un peu la récupération du bras, surtout quand elle s’ajoute à la rééducation habituelle, ainsi que les gestes de la vie quotidienne, selon la revue Cochrane publiée en 2025, qui fait la synthèse des essais disponibles.

Le détail compte. Utilisée à la place de la rééducation classique, la réalité virtuelle ne fait pas mieux. Utilisée en plus, elle apporte un gain, sans doute parce qu’elle allonge le temps total d’exercice. Les auteurs jugent la confiance dans ces résultats faible à modérée, et n’ont relevé aucun effet indésirable grave.

Pour le patient, l’intérêt est souvent la motivation. Répéter cent fois le même mouvement passe mieux quand il sert à attraper un objet dans un décor que face à un mur. Le kinésithérapeute ou l’ergothérapeute reste celui qui choisit les exercices et surveille la fatigue.

Comment les soignants se forment-ils avec la réalité virtuelle ?

La réalité virtuelle fait partie de la simulation en santé, que la HAS (Haute Autorité de santé) définit sur sa page consacrée à la simulation en santé comme l’usage d’un mannequin, d’un simulateur, de la réalité virtuelle ou d’un patient joué pour reproduire des situations de soin. L’objectif : s’entraîner sans faire courir de risque à un vrai patient.

Dans son guide de bonnes pratiques mis à jour en 2024, la HAS donne l’exemple d’un programme d’entraînement à l’ablation de la vésicule biliaire par cœlioscopie sur simulateur de réalité virtuelle, dont l’efficacité sur les pratiques a été évaluée. D’autres programmes servent à répéter des gestes d’urgence ou d’anesthésie avant de les pratiquer sur un patient. Dans la salle d’opération, l’autre grande évolution numérique est la chirurgie robotique, où le chirurgien reste aux commandes.

Quels sont les risques d’un casque de réalité virtuelle ?

Le risque le plus fréquent est le cybermalaise, une sorte de mal des transports virtuel : nausées, vertiges, sueurs, pâleur, perte d’équilibre. Chez les personnes sensibles, il peut apparaître dès les premières minutes. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a détaillé ces effets dans une expertise sur la réalité virtuelle et augmentée.

L’Anses recommande d’éviter le casque chez les personnes épileptiques, car le scintillement des écrans, parfois imperceptible, peut déclencher une crise. Elle appelle aussi à la prudence chez les femmes enceintes et les personnes sujettes au mal des transports, aux troubles de l’équilibre ou aux migraines.

La HAS ajoute la fatigue oculaire et l’anxiété que l’immersion elle-même peut provoquer quand le casque reste en place plus de quelques minutes. Au moindre malaise, on retire le casque : l’Anses conseille d’arrêter immédiatement dès les premiers symptômes. Si vous êtes concerné par l’une de ces situations, signalez-le à l’équipe avant la séance.

Peut-on demander un casque de réalité virtuelle à l’hôpital ?

Vous pouvez poser la question, mais tous les services n’en ont pas. Les casques sont achetés par les établissements, parfois grâce à des dons ou à des appels à projets, comme à Rouen ou au Centre Léon Bérard. Le plus simple est d’en parler à l’infirmier ou à l’équipe douleur avant un soin que vous redoutez.

À la maison, la prudence s’impose. Un jeu ou une application de relaxation vendus pour un casque grand public ne sont pas des dispositifs médicaux, et n’ont pas été évalués pour soigner. Pour un dispositif numérique, un remboursement passe par l’évaluation de la HAS, par exemple via la prise en charge anticipée numérique (PECAN) ouverte en 2023 aux dispositifs présumés innovants. Pour distinguer un outil sérieux d’un gadget, nos repères pour choisir une application de santé fiable valent aussi pour la réalité virtuelle.

La réalité virtuelle en santé reste donc un complément utile, surtout pour traverser un soin difficile, avec un niveau de preuve encore en construction. Pour une phobie ou une addiction, la porte d’entrée reste votre médecin ou un psychologue, qui saura vous orienter vers une équipe qui la pratique.

Ce que les patients demandent souvent

Les enfants peuvent-ils utiliser un casque de réalité virtuelle à l’hôpital ?

Oui, plusieurs services de pédiatrie l’utilisent, comme la réanimation et les urgences pédiatriques du CHU de Rouen, pendant des soins comme les pansements. L’équipe adapte la durée et le contenu à l’âge. L’Anses rappelle que les enfants sont plus sensibles à la lumière bleue des écrans.

Combien de temps dure une séance ?

Au Centre Léon Bérard, les immersions durent quelques minutes, le temps du soin. La HAS note que porter le casque plus de quelques minutes peut lui-même créer du stress chez certaines personnes, d’où des séances courtes.

Peut-on conduire juste après une séance ?

L’Anses recommande d’observer un temps de repos d’une à deux heures après l’utilisation d’un casque avant une activité qui demande de la concentration, comme la conduite. L’immersion peut modifier un temps l’équilibre, l’orientation et l’habileté des mains.

Un casque du commerce peut-il soigner une phobie à la maison ?

Les thérapies évaluées associent l’exposition virtuelle à un suivi par un thérapeute formé aux TCC, qui dose la difficulté et arrête la séance si besoin. Un jeu ou une application du commerce n’a pas été évalué pour cet usage. Parlez-en à votre médecin ou à un psychologue.

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