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IA & données de santé

Spimed-AI : notre avis sur CorEx, l’IA qui analyse les coroscanners

Spimed-AI édite CorEx, un logiciel d'IA qui classe les rétrécissements des artères du cœur sur un coroscanner. Ce que fait l'entreprise, son statut et ce que prouvent les études.

Mis à jour le 7 min de lecture Par la rédaction

Scanner coronaire et écran d'analyse du cœur par IA

Vous avez croisé le nom Spimed-AI sur un compte rendu, un site d’hôpital ou une liste de start-up d’IA ? Spimed-AI est une entreprise parisienne qui édite CorEx, un logiciel d’intelligence artificielle destiné à lire les images d’un coroscanner. Ce n’est pas une application grand public, vous n’y avez pas accès directement, et ce sont des radiologues ou des cardiologues qui s’en servent. Voici ce que fait l’entreprise, ce qui est prouvé et ce qui ne l’est pas, dans un avis appuyé sur ses documents, sa fiche réglementaire et les études publiées.

  • Spimed-AI développe CorEx, un logiciel qui classe les rétrécissements des artères coronaires à partir d’un coroscanner
  • Le logiciel s’adresse aux soignants, pas aux patients, et estime aussi un indice de débit appelé FFR
  • L’entreprise annonce un marquage CE et une certification ISO 13485, sans préciser la classe de risque sur son site
  • Une étude indépendante de 2025 sur 50 patients donne de bons résultats, mais ses auteurs en citent les limites
  • Si un soignant s’appuie sur une IA pour votre examen, la loi prévoit qu’il s’assure que vous en êtes informé

Que fait Spimed-AI ?

Spimed-AI est une société basée à Paris (14e arrondissement), membre de l’association French Healthcare, dont le produit est CorEx. L’entreprise indique être née de l’expérience d’un radiologue spécialiste de l’imagerie cardiaque, Jean-François Paul, et d’une base de plus de 30 000 images de coroscanners annotées. Selon la fiche de French Healthcare, le logiciel est commercialisé depuis 2021.

Son site est rédigé en anglais et s’adresse à des professionnels (hôpitaux, cabinets d’imagerie), avec une demande de démonstration en guise de seul point d’entrée. Il n’affiche ni prix ni liste de clients, et rien n’y est prévu pour le grand public.

Que fait le logiciel CorEx sur un coroscanner ?

CorEx lit les images d’un coroscanner, un scanner du cœur réalisé avec injection de produit de contraste, et en tire deux informations. La première est une classification des rétrécissements (sténoses) des artères coronaires selon l’échelle internationale CAD-RADS, qui va de 0 à 5. La seconde est une estimation du FFR, un indice qui, mesuré directement dans l’artère, dit si un rétrécissement gêne vraiment le débit du sang.

FonctionCe que fait le logicielCe que dit l’éditeur
Classification CAD-RADSRepère les sténoses et les range par gravitéAide à choisir la suite de la prise en charge
Estimation du FFRPrédit, par artère, si l’indice se situe au-dessus ou au-dessous du seuil de 0,8Résultat en moins d’une minute, sans laboratoire d’analyse
DéploiementSur le serveur de l’établissement ou en nuageIntégré au flux de travail de l’imagerie

Source : site de Spimed-AI, fiche CorEx sur la plateforme Incepto Medical, fiche French Healthcare.

En clair, le logiciel propose une lecture, que le médecin vérifie. La plateforme Incepto Medical, qui présente CorEx dans son catalogue, reprend d’ailleurs la mention du fabricant selon laquelle l’outil ne doit pas servir seul à recommander des soins.

CorEx est-il un dispositif médical marqué CE ?

Oui d’après l’entreprise, qui affiche sur son site un marquage CE et une certification ISO 13485, la norme de management de la qualité des fabricants de dispositifs médicaux. Elle ajoute que des enregistrements internationaux sont en cours, sans citer de numéro ni de pays. Aucune autorisation américaine (FDA) n’apparaît sur les pages que nous avons lues.

La classe de risque n’est pas indiquée sur le site de Spimed-AI. La fiche d’Incepto Medical mentionne « marquage CE, classe I », avec une mise à jour datée de novembre 2024. Or l’ANSM précise que, depuis le 26 mai 2021, un logiciel ayant le statut de dispositif médical est classé au minimum en classe IIa, voire IIb ou III selon l’impact de ses résultats. Les deux informations ne se recoupent pas aisément, et nous ne pouvons pas dire laquelle est à jour.

Le certificat et la déclaration de conformité d’un dispositif se demandent au fabricant. Un établissement qui achète CorEx peut les exiger, et c’est à lui, pas au patient, de vérifier le statut du logiciel qu’il utilise. Sur les exigences de sécurité de ces logiciels, notre article sur la cybersécurité des dispositifs médicaux détaille le cadre.

Que montrent les études publiées sur CorEx ?

Spimed-AI liste sur son site onze publications, dont certaines ne nomment pas CorEx dans leur description. Nous n’avons pu relire en intégralité qu’une étude en accès libre, l’étude ALERT, menée par une équipe de l’Amsterdam UMC et publiée en 2025 dans European Radiology.

Dans ce travail rétrospectif, mené dans un seul centre, 50 patients et 150 artères ont été relus par le logiciel puis comparés à deux lecteurs experts. Pour distinguer les patients avec un rétrécissement important (catégories 4 et 5, soit 70 % ou plus) des autres, l’IA a retrouvé les 14 patients concernés sur 14, avec une exactitude proche de 94 %. Sur le détail artère par artère, en six catégories, l’accord avec les lecteurs tombe à environ 64 à 65 %. Les résultats complets précisent ces chiffres.

Les auteurs listent eux-mêmes plusieurs limites. L’étude est rétrospective et monocentrique, les examens non interprétables et les patients déjà opérés sont exclus, et la répartition des cas ne reflète pas la pratique courante. L’un des deux lecteurs de référence a participé à l’entraînement du modèle, ce qui peut biaiser la comparaison. Un résultat encourageant ne dit rien du reste du parcours, puisqu’aucune étude lue ne mesure l’effet du logiciel sur le devenir des patients.

Les performances annoncées pour l’estimation du FFR figurent dans d’autres articles listés par l’entreprise. Nous ne les reprenons pas faute d’avoir pu les relire dans le texte intégral.

Que change CorEx pour vous, si vous passez un coroscanner ?

En pratique, rien ne change dans le déroulement de l’examen : le scanner est le même, et l’analyse se fait ensuite sur les images. La différence se joue dans la lecture, où l’IA peut servir de seconde lecture ou accélérer le tri, avant que le radiologue ou le cardiologue signe son compte rendu.

La loi encadre ce cas. Selon l’article L4001-3 du code de la santé publique, le professionnel qui décide d’utiliser un dispositif médical reposant sur un traitement algorithmique pour un acte de diagnostic s’assure que vous en avez été informé, et que vous êtes averti de l’interprétation qui en résulte. Si vous voulez savoir si un tel outil a servi à votre examen, la question se pose simplement au radiologue.

Pour situer ce logiciel parmi les autres usages de l’IA en cardiologie, voyez notre article sur ce que l’IA détecte en cardiologie, et pour le cadre général, le guide sur l’IA en santé.

Notre avis sur Spimed-AI

Ce qui est établi : l’entreprise existe, le produit a une finalité claire et limitée, et au moins une équipe hospitalière indépendante en a publié une évaluation. Ce qui reste à vérifier :

  • la classe de risque et le certificat CE, absents du site de l’éditeur
  • les performances du FFR dans des études relues en texte intégral
  • l’effet sur les décisions et sur le devenir des patients, non mesuré
  • les conditions d’hébergement des images, dont la certification HDS est le garde-fou quand le logiciel tourne en nuage

Notre avis : un outil d’aide à la lecture sérieux sur le papier, qui ne remplace ni l’examen ni le médecin, et dont la valeur pour un patient dépend de l’organisation du service qui l’utilise. L’avis sur Spimed-AI tient donc en une phrase, une IA d’assistance crédible mais encore peu documentée sur ses résultats cliniques.

Questions sur Spimed-AI

Spimed-AI est-elle une entreprise française ?

Oui, son adresse est à Paris, dans le 14e arrondissement, selon la fiche de French Healthcare. Son site est en anglais et s’adresse à des clients professionnels.

Peut-on acheter CorEx ou l’utiliser à titre personnel ?

Non. Le logiciel est vendu à des établissements et à des cabinets d’imagerie, sur demande de démonstration, sans tarif public. Un particulier n’a ni accès ni interface.

Quel rapport entre Spimed-AI et Incepto Medical ?

CorEx figure dans le catalogue d’Incepto Medical, une plateforme qui rassemble des solutions d’IA pour l’imagerie. La fiche crédite Spimed-AI comme éditeur du produit et ne décrit pas plus le rôle d’Incepto.

L’IA pose-t-elle un diagnostic à la place du radiologue ?

Non. Le logiciel classe et estime, le professionnel interprète et signe. La fiche de la plateforme précise que l’outil ne doit pas être utilisé seul pour recommander des soins.

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