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Santé connectée

Pilule connectée : où en sont les capteurs ingérables ?

Médicament avec capteur, vidéocapsule, capsule qui mesure le souffle : ce que la pilule connectée sait faire, ce qui est autorisé et ce qui reste à l'essai.

Mis à jour le 8 min de lecture Par la rédaction

Pilule connectée ouverte sur un capteur électronique

Avaler un comprimé et voir l’heure de la prise s’afficher sur son téléphone. C’est la promesse de la pilule connectée, qu’on appelle aussi médicament connecté ou capteur ingérable. Le premier modèle a été autorisé aux États-Unis en 2017, et l’idée revient régulièrement dans l’actualité. En France, pourtant, vous n’en trouverez pas en pharmacie. Voici ce qui existe vraiment, ce qui relève encore de la recherche et ce que vous pouvez utiliser dès maintenant pour suivre un traitement.

  • Une pilule connectée contient un capteur qui signale la prise ou mesure une donnée dans le tube digestif.
  • Le premier médicament connecté, Abilify MyCite, a été autorisé aux États-Unis en 2017.
  • En Europe, sa demande d’autorisation a été retirée en 2020, faute de preuves jugées suffisantes.
  • La capsule qu’on avale le plus souvent en France est la vidéocapsule, un examen de l’intestin.
  • Pour ne pas oublier un traitement, rappels, pilulier et pharmacien restent les solutions disponibles.

Qu’est-ce qu’une pilule connectée ?

Une pilule connectée est un comprimé ou une gélule qui renferme un capteur électronique miniature. Une fois avalé, ce capteur envoie un signal à un appareil placé à l’extérieur du corps, pour indiquer que la prise a eu lieu ou pour transmettre une mesure faite dans le tube digestif. Il ne soigne rien par lui-même.

Derrière ce nom se cachent deux familles d’objets assez différentes. La première est le médicament connecté au sens strict, qui sert à vérifier que le traitement a bien été pris. La seconde regroupe les gélules connectées de mesure, qui photographient l’intestin ou enregistrent des signes vitaux depuis l’estomac.

Type de capsuleCe qu’elle faitOù en est-on
VidéocapsulePhotographie la paroi de l’intestin grêleExamen médical courant en France
Médicament avec capteurEnregistre la date et l’heure de chaque priseAutorisé aux États-Unis, demande retirée en Europe
Capsule de signes vitauxMesure la respiration et le rythme cardiaque depuis l’estomacPremier essai sur 10 patients, publié en 2023

Seule la première ligne fait partie du parcours de soins actuel. Les deux autres font beaucoup parler, mais aucune n’est à la portée d’un patient français.

Existe-t-il un médicament connecté autorisé ?

Oui, aux États-Unis seulement. En novembre 2017, la FDA, l’agence américaine du médicament, a autorisé Abilify MyCite, un comprimé d’aripiprazole équipé d’un capteur. En Europe, le laboratoire Otsuka a retiré sa demande en juillet 2020, sans avoir levé les doutes de l’Agence européenne des médicaments.

Le principe est simple sur le papier. L’aripiprazole est prescrit dans la schizophrénie et le trouble bipolaire. Au contact du liquide de l’estomac, le capteur s’active et transmet la date et l’heure de la prise à un patch collé sur la peau. Le patch relaie l’information vers une application sur smartphone et vers un portail web, consultable par les soignants et, si le patient l’accepte, par ses proches.

Les réserves européennes sont détaillées sur la page consacrée à Abilify MyCite par l’Agence européenne des médicaments. Son comité d’évaluation estimait ne pas avoir la preuve que le système mesure de façon fiable les prises chez les patients concernés. Il pointait aussi un risque de surdosage si l’appareil n’enregistre pas une prise et que le patient en reprend une, ainsi que des réactions cutanées dues au patch. Sa conclusion provisoire tenait en une phrase, les bénéfices ne l’emportaient pas sur les risques.

Même aux États-Unis, l’outil n’a jamais prouvé qu’il aidait à mieux suivre un traitement. La revue Médecine/Sciences le relevait dès 2018 en analysant les documents de la FDA, qui reconnaissait cette absence de démonstration.

Quelles capsules avale-t-on déjà en France ?

La vidéocapsule endoscopique est le capteur ingérable le plus utilisé en France. C’est une caméra jetable, de la taille d’une grosse gélule, qui photographie l’intérieur de l’intestin grêle pendant son passage. Elle sert au diagnostic, sur prescription, quand une gastroscopie et une coloscopie n’ont pas trouvé l’origine des symptômes.

Selon la fiche d’information de la Société française d’endoscopie digestive (SFED), le patient garde un boîtier d’enregistrement ou des capteurs collés sur le ventre pendant au moins 8 heures. Certains modèles s’en passent et se récupèrent après leur passage. La capsule est éliminée dans les selles en 24 à 48 heures. Le risque principal est qu’elle reste bloquée dans un intestin rétréci, ce que le gastro-entérologue évalue avant l’examen.

Cet examen montre que le principe du capteur avalé fonctionne et peut être encadré. Il ne dit rien, en revanche, de la prise de vos médicaments. C’est un outil de diagnostic ponctuel, pas un suivi au quotidien.

Que mesurent les capsules encore à l’essai ?

Les capsules à l’essai mesurent surtout des signes vitaux depuis l’intérieur du corps. La plus documentée, mise au point au MIT, enregistre la respiration et le rythme cardiaque depuis l’estomac. Elle a fait l’objet d’un premier essai chez l’humain, publié fin 2023 dans la revue Device.

D’après le MIT, la capsule a la taille d’une gélule de vitamines. Un accéléromètre capte les infimes mouvements produits par les battements du cœur et le gonflement des poumons. Chez 10 patients atteints d’apnée du sommeil, ses mesures ont concordé avec celles des capteurs classiques posés sur la peau, et elle a repéré un épisode d’apnée. Toutes les capsules avaient été éliminées 14 jours après l’ingestion, sans effet indésirable signalé.

L’équipe, qui a créé la start-up Celero Systems, vise la détection des overdoses aux opioïdes. Chez l’animal, la capsule a repéré le ralentissement de la respiration provoqué par une forte dose de fentanyl. Les chercheurs espèrent un jour y loger un antidote libéré automatiquement, mais ce n’est encore qu’un projet.

Dix participants, c’est un premier essai de faisabilité. Il montre que la mesure est possible, pas qu’elle est utile pour soigner. Il faudra des études bien plus larges avant qu’une telle capsule soit proposée en dehors de la recherche.

Le capteur ingérable va-t-il remplacer l’application santé ?

Non, pas à moyen terme. Un capteur ingérable ne fait qu’émettre un signal. Il lui faut un patch ou un boîtier pour le recevoir, puis une application pour afficher et partager l’information. Il dépend donc de l’appli santé bien plus qu’il ne la remplace, et son intérêt pour le suivi d’un traitement reste à démontrer.

Une appli de rappel fait déjà une partie du travail, sans rien avaler. L’ANSM range d’ailleurs ces outils hors du champ des dispositifs médicaux. Dans ses exemples de logiciels et d’applications en santé, elle estime qu’une application qui envoie des rappels et suit les prises n’a pas de finalité médicale. Elle peut donc être mise en ligne sans évaluation particulière, ce qui impose de bien la choisir. Nos critères pour repérer une application santé fiable vous y aideront.

Il faut aussi mesurer ce qu’une pilule connectée sait vraiment. Elle confirme qu’un comprimé a été avalé, rien de plus. Elle ne dit pas si le traitement fonctionne, ni pourquoi une prise a été oubliée. Or c’est souvent cette question qui compte pour le médecin. Pour suivre vos propres mesures au quotidien, sans rien avaler, voyez notre article sur le quantified self.

Pilule connectée et vie privée, où sont les limites ?

Savoir à quelle heure vous prenez un médicament, c’est une donnée de santé. La CNIL la classe parmi les données sensibles, qui bénéficient d’une protection renforcée. Avec Abilify MyCite, le patient signe un consentement qui précise qui peut voir ses prises, et il peut retirer ces accès depuis l’application.

La revue Médecine/Sciences, dans un article de 2018 intitulé « Le médicament connecté, entre bienveillance et surveillance », soulève d’autres questions. Un patient peut se sentir contrôlé jusque dans un geste intime. La confiance avec le soignant peut en souffrir. Les auteurs redoutent aussi qu’un jour un remboursement ou une prise en charge dépende du respect d’un seuil de prises, sans tenir compte de la situation de chacun.

Ces réserves n’interdisent pas l’outil. Elles rappellent qu’une pilule connectée ne devrait jamais être imposée, et que le patient doit garder la main sur ses données.

Comment suivre son traitement sans pilule connectée ?

Pour ne pas oublier un traitement, l’Assurance maladie recommande de bien le comprendre, de l’installer dans vos habitudes, de programmer des rappels et d’utiliser un pilulier. Ces gestes simples, détaillés sur sa page consacrée à l’adhésion au traitement, couvrent l’essentiel des besoins.

  • une alarme sur le téléphone, à heure fixe, liée à un geste du quotidien ;
  • un pilulier classique, rempli une fois par semaine ;
  • un pilulier connecté, qui sonne à l’heure de la prise et peut prévenir un proche ;
  • une appli de rappel, choisie avec soin pour la protection de vos données.

Le pilulier connecté est l’objet que cherchent beaucoup de familles derrière le mot « pilule connectée ». Il ne contrôle pas que le comprimé a été avalé, seulement que la case a été ouverte. Pour situer cet appareil parmi les autres, notre dossier sur les objets connectés de santé fait le point sur ce qu’ils mesurent et sur leurs limites.

Votre pharmacien est aussi un relais. Selon l’Assurance maladie, il peut vous proposer un accompagnement personnalisé pour certains traitements au long cours, comme les anticoagulants oraux ou les corticoïdes inhalés contre l’asthme. Si vous oubliez une prise, demandez-lui la conduite à tenir, car elle dépend du médicament.

Le capteur ingérable reste donc une technologie de laboratoire pour le suivi des prises, utile en diagnostic avec la vidéocapsule et prometteuse pour la surveillance des signes vitaux. La pilule connectée arrivera peut-être un jour en France, mais elle devra d’abord prouver qu’elle aide vraiment les patients, et pas seulement qu’elle les observe.

Médicament connecté, vos questions

Peut-on acheter une pilule connectée en France ?

Pas en pharmacie. Abilify MyCite n’a pas obtenu d’autorisation européenne, et les capsules de mesure des signes vitaux sont encore à l’essai. Méfiez-vous d’un site qui vendrait une « pilule connectée » sans ordonnance.

Le capteur reste-t-il dans le corps ?

Non, ces capsules sont conçues pour être éliminées par les voies naturelles. La vidéocapsule l’est en général en 24 à 48 heures, selon la SFED. Une capsule peut exceptionnellement rester bloquée, d’où l’évaluation préalable par le médecin.

Mon médecin peut-il savoir si je prends mon traitement ?

Avec une pilule connectée de type Abilify MyCite, seulement si vous avez donné votre accord, et vous pouvez le retirer. Sans ce type d’outil, c’est l’échange avec votre médecin ou votre pharmacien qui permet de faire le point, sans jugement, sur les difficultés à suivre un traitement.

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