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L’évaluation des applications mobiles de santé, qui rejoint celle des objets connectés, est dorénavant nécessaire et la publication des recommandations de bonnes pratiques sur les applications mobiles et les objets connectés de santé par la Haute Autorité de Santé (HAS) arrivent à point nommé.

mhealth-appsLe nombre des Applis mobiles santé est beaucoup trop important pour permettre un choix serein…

Le nombre des Applis mobiles de santé, même si souvent les Applis dites de « bien-être » sont associées à ce décompte, connait actuellement une croissance exponentielle sur les différents stores depuis plusieurs années. Ainsi, on compte, depuis octobre 2016, plus de 295 000 applications dans le monde selon le cabinet Research 2 Guidance (1). Il est important de se souvenir qu’elles n’étaient, il y a un an que 165 000, ce qui déjà posait de grandes difficultés de choix.

La qualité des Applis mobiles de santé peut parfois ne pas être au rendez-vous…

Le mot qualité ne se veut pas être péjoratif ou vouloir apporter un jugement, mais il y a plusieurs éléments, que l’on doit prendre en compte dans l’analyse de cette qualité dite plutôt globale : le contenu médical et sa validation clinique, l’usage des données, la sécurité et surtout l’apport réel pour le patient et/ou le praticien.

Le contenu médical et sa validation clinique

Le contenu médical s’il s’agit d’une Appli informative, est assez simple à évaluer et à valider. En effet, ce contenu se doit d’être écrit par un praticien selon des références médicales, ce qui est souvent le cas. En revanche, il est plus difficile de valider des Applis proposant une évaluation clinique voire diagnostique. Prenons l’exemple connu de l’équipe du département de dermatologie de l’université de Pittsburgh qui avait testé en 2013, quatre applications sur le dépistage de mélanomes (cancer de la peau) en utilisant la fonctionnalité de photographie des Smartphones : trois applications n’étaient pas fiables car dans 30 % des cas, elles classaient comme « non inquiétant » des images de mélanomes qui leur étaient soumises (2). La validation clinique semble donc être nécessaire et obligatoire dans le cadre des Applis diagnostiques.

L’usage des données

La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) en mai 2014, avait déjà constaté que la collecte de données personnelles n’était pas toujours justifiée et que seulement 25% des applications fournissaient une information de bonne qualité concernant l’utilisation des données personnelles. Ainsi, parmi les 121 applications les plus populaires en France, 15% d’entre elles ne fournissaient aucune information sur le traitement des données collectées et lorsque l’information existait, elle était difficilement accessible, voire compréhensible (3). DMD Santé en juillet 2015 dans une analyse de150 applications santé les plus téléchargées en France, 59 % effectuaient un recueil de données (pathologies, adresse mail, sexe, poids, traitement, géolocalisation) mais seulement la moitié donnait une information liée au traitement de ces données (4)

La sécurité

Dans le domaine des objets connectés, comme dans celui des Applis, les produits finaux sont parfois peu aboutis et peuvent ne pas garantir un niveau de sécurité suffisant. La vaste cyberattaque qui a paralysée de nombreux sites Internet, le vendredi 21 octobre aux États-Unis, a bien confirmé les failles de sécurité existante au sein des objets connectés (5). Ainsi, de nombreux objets ont été hackés par Mirai, un logiciel malveillant qui profitait des failles de sécurité comme le simple fait d’utiliser le mot de passe défini lors de la fabrication.

Une autre alerte récente est intervenue par le laboratoire pharmaceutique Johnson & Johnson, qui a prévenu 14.000 patients diabétiques du risque de piratage informatique sur l’un de ses modèles de pompe à insuline (6).

Nous voyons bien que cet élément sécuritaire est un critère très important à prendre en compte dans la création d’une Appli Mobile de Santé.

L’apport réel pour le patient et/ou le praticien

mobile-apps-2Critère plus difficile car nous sommes sur un point très pragmatique. Les Applis présentes sur les stores apportent-elles réellement un plus pour le praticien ou le patient dans la prise en charge de sa maladie ? Existe-t-il un véritable service médical rendu ? Sans vouloir être sévère, nous ne pouvons qu’être pessimiste quand on observe la seule durée d’usage d’une Appli téléchargée. Les résultats de l’étude réalisée entre 2011 et 2013 par Flurry (7), certes ancien mais toujours d’actualité, objectivaient que la durée de vie moyenne d’une application mobile relative à la santé ou au fitness était de 6 mois. Les applications liées à l’actualité étaient celles qui avaient la durée de vie la plus longue, 7 mois alors qu’à l’opposé, les jeux avaient une durée de vie d’à peine 2 mois.

Mais pourquoi des Applis Mobiles de Santé peuvent être si peu utilisées ?

Pour être utile, une Appli Mobile de Santé ne peut qu’être construite d’une manière collaborative entre praticiens, patients et industriels. Trop souvent, le projet d’une Appli lancé par un industriel n’aboutit qu’à un produit limité : Peu utile pour le patient, non sollicités et trop proche dans la conception des besoins des praticiens présents dans les Boards. Limitée pour les médecins car le contenu a été au fur et à mesure réduit par la pression drastique du réglementaire, gardien du temple, qui a contrario ne permet pas réellement une véritable innovation.

Les Hackatons ou les projets de Lab d’innovation comme le Diabète LAB sont pour nous les futurs leviers d’innovation cohérentes dans la e-Santé. L’exemple du Diab LAB crée par la Fédération Française des Diabétiques est exemplaire. Partie du constat que les patients étaient trop souvent les oubliés de l’innovation, la Fédération a décidé de mettre le patient au cœur de l’innovation (8).

Tous ces éléments expliquent pourquoi peu de praticiens proposent des Applis à leur patients.

Seulement 40 % des médecins admettent que les Applis sont probablement importantes mais seuls 8 % recommandent une application santé à leurs patients et 1 % des médecins utilisent une application en relation avec leurs patients (9). En effet, on ne peut pas demander à un praticien, qui travaille déjà dans une science « inexacte » de prendre des risques en recommandant une Appli Mobile de Santé à un patient, connaissant tous les éléments précédemment décrits. Nous pouvons rappeler que la prescription médicale est très réglementée et que les différentes thérapeutiques que nous pouvons utiliser ont bénéficié de nombreux filtres pour nous rassurer dans nos usages sachant qu’ils existent en outre de nombreux effets indésirables. Pouvoir proposer une Appli dans le cadre d’un suivi d’une maladie chronique sans la validation d’une instance réglementée est utopique.

Quelles sont les expériences d’évaluations d’Applis mobiles de santé en Europe et plus particulièrement en France ?

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait réalisé une enquête sur la e-santé en Europe qui notait que 10 pays voulaient mettre en place un système pour évaluer la qualité, la sécurité et la fiabilité de la santé mobile, et seuls 3 états avaient réellement débuté une expérience d’évaluation des Applis pour faciliter leurs usages (10).

Ainsi l’Espagne et plus particulièrement l’Andalousie, déjà très en avance dans le Dossier Médical Partagé (DMP), propose depuis 2013, un catalogue d’applications, AppSaludable, qui suit 31 recommandations, regroupées en 16 critères, établies par l’agence pour la qualité sanitaire. Il s’agit d’un processus volontaire et gratuit ouvert aux applications espagnoles comme étrangères. Le référentiel complet utilisé pour réaliser les évaluations a été publié en octobre 2012. En 2015, près de 17% de la population régionale utilisait au moins une de ces applications (11).

En Allemagne, AppCheck.de est une plateforme publiée par le Centre pour la télématique et la télémédecine (agence publique du Ministère de la santé de l’état allemand de Rhénanie-du-Nord-Westphalie) qui a pour objectif de fournir des informations sur la qualité des applications mobiles dans le domaine de la santé. Les évaluations sont réalisées par cette agence mais la méthodologie utilisée n’est pas décrite (12).

En Grande-Bretagne il existait un programme public du Ministère de la santé britannique et un projet privé Patient View. Le programme public, NHS Choice, a suspendu son activité après des problèmes de sécurité concernant des applications référencées sur son site (13). En revanche, le projet privé Patient View qui est proposé par une société de conseil spécialisé dans les communautés de patients, édite un catalogue d’applications (European Directory of Health Apps) disponible également en ligne (MyHealthApps.net). Il recense actuellement plus de 200 applications dans le domaine de la santé (14).

En France, il n’existe pas de programme institutionnel. Seules, deux sociétés privées existent et proposent une labélisation pour les Applis Mobiles de Santé : DMD Santé et MedAppcare.

Medappcare propose une évaluation qui comprend 4 phases principales : évaluation générale et juridique, évaluation technique et sécurité, évaluation médicale, évaluation ergonomie et usage. Cette évaluation repose sur plus de 70 critères, placée sous le contrôle d’un Conseil Scientifique pluridisciplinaire et indépendant (15).

La plateforme d’évaluation collaborative d’applications mobiles DMD Santé a annoncé le 11 septembre 2015 le lancement du mHealth Quality (MHQ), premier label européen de validation de la qualité des applications mobiles de santé. La start-up DMD Santé a, en trois ans, évalué plus de 1100 applications mobiles dédiées à la santé et veut mettre à profit son expérience pour aider les professionnels de santé et le grand public à choisir des outils pertinents. Les critères d’évaluation sont connus et devraient très prochainement être mis en Open Source (17).

La HAS publie ses recommandations

La publication des recommandations de bonnes pratiques sur les applications mobiles et les objets connectés de santé par la Haute Autorité de Santé (HAS) arrivent donc à point nommé.

Le référentiel sur les applications et les objets connectés en santé élaboré par la Haute autorité de santé (HAS) a été publié ce lundi 7 novembre 2016. Ce référentiel a été réalisé à la demande de la Délégation à la stratégie des systèmes d’information de santé (DSSIS) ce qui nous permet de penser que ce référentiel sera probablement la première étape à la construction d’une labellisation institutionnelle.

Reste à savoir comment ce référentiel de l’HAS qui est une très bonne initiative attendue va s’articuler avec l’existant et en particulier le travail déjà très en avance de la société DMD Santé qui avec mHealth Quality a remporté l’appel d’offre de l’ARS Nouvelle Aquitaine pour la labellisation d’applications mobile de santé dans le cadre de la télésurveillance des patients souffrant d’insuffisance cardiaque (18).

A suivre…

Dr Didier Mennecier

Médecin Geek
@MedecinGeek

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Références :

  1. http://research2guidance.com/product/mhealth-app-developer-economics-2016/ – Research 2 Guidance – Octobre 2016
  2. Wolf JA, Moreau JF, Akilov O, Patton T, English JC 3rd, Ho J, Ferris LK. Diagnostic inaccuracy of smartphone applications for melanoma detection. JAMA Dermatol. 2013 Apr;149(4):422-6.
  3. Le Livre Blanc du Conseil national de l’Ordre des médecins – De la e-Santé à la m-Santé – Janvier 2015 – CNOM
  4. http://www.silvereco.fr/infographie-dmd-sante-analyse-du-top-150-des-applications-medicales-en-france/3150410 – DMD Santé – Septembre 2015
  5. La sécurité des objets connectés en question après une violente attaque informatique – Le Monde – 25/10/2016
  6. http://www.begeek.fr/pompes-a-insuline-connectees-vulnerables-piratage-218136 – BeeGeek – 7 Octobre 2016
  7. https://viuz.com/2014/02/24/quelle-est-la-duree-de-vie-moyenne-des-apps/ – Viuz – 24 Février 2014
  8. http://www.afd.asso.fr/association/actions/diabete-lab – Fédération Française des Diabétiques – 23 Mars 2015
  9. http://lelabesante.com/sante-mobile-et-connectee-usages-attitudes-et-attentes-des-malades-chroniques-%e2%80%a2-enquete-le-lab-e-sante-juin-2015/ – Santé mobile et connectée : usages, attitudes et attentes des malades chroniques – Enquête Le Lab e-Santé – 5 juin 2015
  10. De l’innovation à la mise en œuvre : la cybersanté dans la Région européenne de l’OMS – Organisation Mondiale de la Santé – 28 Avril 2016 (PDF)
  11. http://www.calidadappsalud.com/en/ – AppSaludable
  12. http://appcheck.de/ – Centre pour la télématique et la télémédecine
  13. Huckvale K, Prieto JT, Tilney M, Benghozi PJ, Car J. Unaddressed privacy risks in accredited health and wellness apps: a cross-sectional systematic assessment. BMC Med 2015;13:214.
  14. http://myhealthapps.net/ – Patient View
  15. https://www.medappcare.com/ – MedAppCare
  16. http://www.ag2rlamondiale.fr/groupe/actualites/ag2r-la-mondiale-lance-un-kiosque-d-applications-mobiles-de-sante-en-partenariat-avec-medappcare – 17 Octobre 2016
  17. http://www.mhealth-quality.eu/ – My Heath Quality
  18. http://www.ticpharma.com/story.php?story=73 – Santé mobile : publication imminente du référentiel de la HAS – 4 Novembre 2016
  19. Fiabilité des objets connectés : partenariat entre l’ARS Centre-Val de Loire et DMD Santé – Le Quotidien du Médecin – 24 Octobre 2016.
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