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Denise SilberCarte blanche à Denise Silber, organisatrice du Congrès Doctors 2.0 & You et Directrice de l’agence Basil Stratégies.

L’actualité de la santé digitale est permanente, et le rythme des nouveautés s’accélère. Au-delà des communautés en ligne, au-delà des applications mobiles et des objets connectés, qui commencent à faire partie du paysage quotidien, le numérique nous apporte encore d’autres nouvelles qui vont nous conduire à revoir les frontières de la vie et la définition même de l’être humain. C’est quelque chose d’inéluctable et que nous n’anticipons pas assez. Il va falloir que nous nous y intéressions tous et, bien sûr, accompagnés des spécialistes de l’éthique, de la philosophie… Le débat est ouvert.

Je vous propose deux exemples simples issus de mes rencontres récentes qui posent déjà beaucoup de questions. Il y en a bien d’autres.

Une prothèse de Super Héros, grâce à l’impression 3D 

Une prothèse de Super Héros, grâce à l’impression 3D

Des enfants porteurs du dispositif de « EnablingTheFuture.org »

En 2012, deux hommes, l’un ingénieur aux États-Unis, l’autre charpentier en Afrique du Sud ont créé, à l’aide de l’impression 3D, une prothèse de main d’une nouvelle forme, colorée et en plastique, pour un enfant qui n’en avait pas. Cela a marché et ils ont offert les instructions pour reproduire ce type de « main », à qui le voulait ; le coût des matériels nécessaires par dispositif était de l’ordre de 50 à 100 dollars. Aujourd’hui, EnablingTheFuture.org est une fondation américaine qui compte 5000 bénévoles dans le monde, dont certains en France. Ces bénévoles, ingénieurs ou réalisateurs, produisent les prothèses  pour des enfants qui en manquent.

Aussi important que l’apport pratique de ces « mains » originales est leur contribution à l’estime de soi. Les enfants qui s’en servent vivent ces prothèses comme des mains de super-héros, puisqu’elles ressemblent aux figures du monde des bandes dessinées et qu’elles ont une force supérieure à celle d’une main classique. La joie de l’enfant qui en bénéficie est apparente et très motivante pour les bénévoles.

Ne serait-il logique que cette solution fasse partie de la panoplie des professionnels de santé qui s’occupent des enfants concernés, ou doit-elle continue de fonctionner en parallèle ?

Ces prothèses ne vont-elles pas contribuer à redéfinir notre relation à l’autre avec ses différences ?

Cet exemple ne montre-t-il pas que le monde du possible est largement inexploré ?

Ne faut-il pas favoriser une créativité et une souplesse de pensée plus grande, moyennant de nouveaux scénarios éducatifs ?

Communiquer avec un avatar médical

Dans les années 1950, Alan Turing au Royaume-Uni, avait imaginé qu’un ordinateur pourrait faire croire à un être humain qu’il communique avec un interlocuteur humain. Et vous avez peut-être vu le film « Her » où un personnage masculin qui communique régulièrement avec l’intelligence artificielle d’un operating system doté d’une voix humaine, tombe amoureux d’elle.

Aujourd’hui, il existe des avatars médicaux destinés à accompagner des personnes de la même façon qu’un être humain, sans prétendre en être un.

Sophie, l’avatar de la société IDAvatars

Sophie, l’avatar de la société IDAvatars, (ex Geppetto)

C’est le cas des avatars « empathiques » produits par la start-up américaine GeppettoAvatars (appelé désormais IDAvatars) qui propose des agents intelligents. Ces agents observent et analysent le comportement de la personne qui s’adresse à eux, avant de répondre. Le discours des avatars est mis au point à l’aide d’études sur la communication entre un humain et un avatar. Grâce à ces études, nous savons comment mettre un humain en situation pour livrer ses pensées à un avatar.

Les avatars sont mis au point avec la collaboration de sociologues, psychologues, anthropologues et pas seulement les spécialistes de la technologie armés d’outils d’intelligence artificielle, de « voice-recognition », et bien d’autres. À ce titre, IDAvatars est partenaire de IBM Watson, ce qui apporte une puissance de calcul adaptée à la hauteur de la tâche.

Les avatars de Geppetto sont, dans un premier temps, destinés à interagir avec des patients atteints de Parkinson et de pouvoir ainsi les accompagner chez eux. Ils pourront, selon leurs inventeurs, à la fois évaluer l’état de la personne grâce à la communication et à la caméra qui enregistre la personne, et dialoguer.

De nombreuses maladies chroniques pourraient se servir de ce type d’application. Et pourquoi pas s’en servir dans la prévention ?

Jusqu’où iront les relations entre humain et intelligence artificielle ? Nul ne pourra le dire.

Qu’en sera-t-il de la vie privée, si les personnes qui s’en servent sont exposées chez eux à une caméra enregistreuse ?

Cela vous paraît-il relever du XXIe siècle ? Eh bien nous y sommes au XXIe siècle, avec toutes ses nouvelles questions.

Nous apprenons chaque jour un peu plus que nous pourrions prolonger l’espérance de vie en bonne santé, grâce à une meilleure hygiène de vie (alimentation, activité, mindfulness…) et à une meilleure application des recommandations médicales. Nous savons aussi que c’est exceptionnel pour l’individu de pouvoir mettre en application tous ces points, et qu’un accompagnement est donc nécessaire. Enfin, avec une population vieillissante, il nous manque des ressources pour nous en occuper correctement et l’assistant humain n’est pas adapté à toutes les problématiques.

Aurons-nous chacun notre avatar, voire nos avatars, pour nous accompagner dès la jeunesse et pour toute la vie ?

Sûrement pas, car les innovations continueront et il y aura encore d’autres choses qu’il est impossible de prévoir aujourd’hui. Mais à court terme, un avatar chez vous, pourquoi pas ?

Denise Silber
Congrès Doctors 2.0 & You
Directrice de l’agence Basil Stratégies
@Health20Paris

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